2 passages sur Thinkerview · 5 livres recommandés
Je dirais Le Mal français de Peyrefitte. C'est un livre qui explique à quel point plus une collectivité grossit — une administration ou une entreprise — plus cette administration se tourne sur elle-même, moins elle se met au service du public. Il décrit parfaitement la bureaucratie française : comment à mesure que l'administration a grossi, elle s'est recroquevillée sur elle-même dans un système où le bureau A donne un ordre au bureau B qui lui-même contrôle les résultats du bureau C. C'est écrit dans les années 70, c'est hyper actuel. Ça vaut absolument le coup d'être lu parce que ça dit où on en est aujourd'hui.
La première fois que j'étais venue, j'avais suggéré Avril Brisé d'Ismaïl Kadaré. Je pourrais le redire.
Je donne toujours en conseil des livres de Kundera, notamment pour ceux qui veulent commencer la littérature, pour ceux qui pensent qu'ils n'auront pas le niveau. Kundera, c'est vraiment parfait — on entre tellement naturellement. Je dirais Le Livre du rire et de l'oubli. C'est idéal aussi pour commencer à lire.
Balzac, La Comédie humaine. On voit ce que c'était au 19e siècle : la jeunesse française qui rêvait de venir à Paris parce que pour eux Paris c'était le symbole de tout — le symbole de l'ambition pour ce qu'elle avait de positif comme de négatif, le symbole de la gloire, de l'argent, de la puissance industrielle et financière. C'est presque un roman policier, c'est magnifique, ça se lit facilement. Parfois on peut avoir une appréhension en se disant « je vais rentrer dans Balzac, c'est long ». C'est idéal aussi pour commencer à lire.
Belle du Seigneur d'Albert Cohen — pour les plus sensibles d'entre vous. Très beau livre, très long, mais quand on le ferme, on regrette qu'il ait été si court. Alors qu'au début, on a du mal à s'y mettre en se disant « C'est 1000 pages, j'y arriverai pas. » Magnifique livre sur la passion amoureuse, sur les relations entre les hommes et les femmes, mais aussi — je le citais tout à l'heure — un diplomate à la Société des Nations très désabusé sur la vanité, l'inutilité de ce métier parfois. Vraiment très beau livre.
Deuxième livre, rien à voir : Avril brisé, d'Ismaïl Kadaré, le plus grand auteur albanais, qui aurait sans doute mérité un prix Nobel comme Kundera. Un livre magnifique sur le choc entre une société ultramoderne, la nôtre, et une société très traditionnelle, réfugiée jusqu'à nos jours dans les montagnes albanaises. C'est un couple qui vient de Tirana et qui part en voyage de noces au cœur de ces montagnes, au milieu d'une société qui commet encore des crimes d'honneur, où les familles s'opposent parce qu'il y a eu un mort il y a trois siècles.