6 passages sur Thinkerview · 25 livres recommandés
Je veux quand même montrer très rapidement Penser à temps, un recueil qu'on a fait avec mon éditeur à l'occasion de la parution de mon dixième essai : une sélection de tribunes et d'entretiens parus depuis Snowden jusqu'à récemment. Penser à temps, c'est la responsabilité : voir les choses au moment où elles ont lieu, de façon à pouvoir agir avant qu'elles ne se consolident. Après, on ne peut plus rien y faire.
Comment il a reçu par la lecture, tous ses choix de culture, par hasard ou par choix, ça a bercé son enfance, ses rêves, son imagination et que ça a conditionné son désir mais aussi son besoin d’affirmer une parole singulière, de dire des choses, d’être témoin de sa conscience. Petit bouquin qui m’a fait pleurer quand je l’ai lu. Je pense que tout ce que j’ai fait consciemment ou inconsciemment par la suite vient de ce petit livre. En se donnant les moyens au tant que possible d’être responsable et d’apporter quelque chose d’un peu unique à l’humanité ou en tout les cas à ses proches
Sublime, je me souviens de l’avènement d’à l’ombre des jeunes filles en fleur. Tu lis ça… mon dieu, c’est un émerveillement. Le merveilleux est la. Tu es en lien avec cet homme . D’un seul coup tu as un autre rapport au monde, d’un seul coup tu es mobilisé dans l’usage de tes facultés, sensibles, intellectuelles, créative car cela de tonne les moyens d’être créatif à terme, d’inventer un truc tellement tu te prends un apport d’inventivité tellement phénoménale et beau. TU comprends que l’autre, la pluralité d’autres est toujours plus riche que toi.
Au-delà de cette limite, vous ne la passerez pas : L'Homme révolté, Albert Camus. Car ce que je viens de dire là, en final, il s'agit de ça : c'est juste de prendre conscience qu'il y a certaines choses qui vont trop loin. Au-delà de notre petit avantage immédiat, voyons plus loin, voyons comment des frères humains vont être fracassés par ce mouvement qui est à l'œuvre. Et engageons-nous, nous aussi, pas seulement au nom de notre intérêt, mais au nom de l'humanité, de notre condition toute entière. Donc ça, c'est L'Homme révolté : au-delà de cette limite, vous n'irez pas, vous ne la passerez pas. Pourquoi ? Parce que vous allez trop loin, et ça fait offense aux principes qui nous fondent et qui nous animent.
Et enfin, j'ai hésité entre deux ouvrages : Paul Valéry, Le Bilan de l'intelligence — déjà, à une époque, il y a fort longtemps, il y a plus d'un siècle, il voyait à quel point la rationalisation des sociétés entamait quelque chose de la créativité humaine, de nos intelligences.
C'est Charles Péguy, dans Notre Jeunesse, qui évoque cette notion — une phrase qui m'a donné une vraie claque, que j'ai trouvée absolument merveilleuse, qui m'a fait penser autrement, plus loin. Il racontait comment, avec ses copains de la quinzaine — il avait monté une revue qui s'appelait Les Cahiers de la quinzaine — il s'en prenait à beaucoup de politiques qui trouvaient que c'étaient des apothicaires, des petits comptables de la vie publique. Pourquoi on s'en prend à eux ? Parce que ce n'est pas cette vision-là de la politique, bassement calculatrice. Nous défendons la notion de mystique républicaine. Quand j'ai lu cette phrase, ça a été un choc : la mystique républicaine, c'est la tension vers quelque chose qui est plus grand que nous — pas forcément d'un point de vue religieux — quelque chose d'intangible, qu'on aime, qu'on célèbre.
Je pense à Simone Weil, L'Enracinement, qu'elle a écrit en plein cœur de la guerre, en 43. Elle est morte avant : c'est Albert Camus qui l'a publié chez Gallimard en 49. Elle y parle du besoin humain d'être enraciné — pas dans la logique barrésienne, ou d'extrême droite, du terroir.
George Orwell, La Politique et la langue anglaise : se méfier des discours. On renouera avec le politique quand on aura renoué avec une hygiène de la langue, face à toute cette pollution des discours préformatés, toute cette doxa, cette prise de contrôle de la dialectique.