Au-delà de cette limite, vous ne la passerez pas : L'Homme révolté, Albert Camus. Car ce que je viens de dire là, en final, il s'agit de ça : c'est juste de prendre conscience qu'il y a certaines choses qui vont trop loin. Au-delà de notre petit avantage immédiat, voyons plus loin, voyons comment des frères humains vont être fracassés par ce mouvement qui est à l'œuvre. Et engageons-nous, nous aussi, pas seulement au nom de notre intérêt, mais au nom de l'humanité, de notre condition toute entière. Donc ça, c'est L'Homme révolté : au-delà de cette limite, vous n'irez pas, vous ne la passerez pas. Pourquoi ? Parce que vous allez trop loin, et ça fait offense aux principes qui nous fondent et qui nous animent.
Et enfin, j'ai hésité entre deux ouvrages : Paul Valéry, Le Bilan de l'intelligence — déjà, à une époque, il y a fort longtemps, il y a plus d'un siècle, il voyait à quel point la rationalisation des sociétés entamait quelque chose de la créativité humaine, de nos intelligences.
C'est Charles Péguy, dans Notre Jeunesse, qui évoque cette notion — une phrase qui m'a donné une vraie claque, que j'ai trouvée absolument merveilleuse, qui m'a fait penser autrement, plus loin. Il racontait comment, avec ses copains de la quinzaine — il avait monté une revue qui s'appelait Les Cahiers de la quinzaine — il s'en prenait à beaucoup de politiques qui trouvaient que c'étaient des apothicaires, des petits comptables de la vie publique. Pourquoi on s'en prend à eux ? Parce que ce n'est pas cette vision-là de la politique, bassement calculatrice. Nous défendons la notion de mystique républicaine. Quand j'ai lu cette phrase, ça a été un choc : la mystique républicaine, c'est la tension vers quelque chose qui est plus grand que nous — pas forcément d'un point de vue religieux — quelque chose d'intangible, qu'on aime, qu'on célèbre.