Elle écrit dans les années 30 : c'est Gina Lombroso, médecin et essayiste italienne. Elle a écrit notamment un bouquin traduit en français sous le titre La Rançon du machinisme, sur ce que l'industrialisation et le travail à la chaîne provoquaient d'un point de vue anthropologique. C'est passionnant. Elle dit qu'avant, dans les villages, chacun était artisan : ça n'allait pas très vite, mais chacun mettait un peu d'âme dans l'objet. Il y avait plein de petites arènes, et à un moment, c'est devenu une grande arène : le monde. Et ça date des années 30, avant les réseaux sociaux !
Un deuxième livre qui n'a strictement rien à voir, que j'ai lu il n'y a pas très longtemps : Féminicène, d'une autrice qui s'appelle Vera Nikolski, une féministe qui irrite les féministes — et j'adore les gens qui prennent des contre-pieds. Son grand thème : l'émancipation des femmes n'a pas résulté principalement de revendications, mais de conditions matérielles qui l'ont permise. Au premier chef, l'anthropocène, c'est-à-dire l'accès à des ressources et à de l'énergie en masse, qui a permis de diminuer la mortalité infantile ; la tertiarisation de l'emploi, où la force physique ne compte plus ; et la mécanisation des tâches domestiques.
Le dernier bouquin que j'ai lu il n'y a pas longtemps et que j'ai trouvé très éclairant, c'est un bouquin de Jared Diamond qui s'appelle De l'inégalité parmi les sociétés — en anglais, Guns, Germs and Steel. Un bouquin formidable, très largement plus intéressant qu'Effondrement, qui est un peu discutable. Il explique comment les espèces sauvages domesticables disponibles sur les divers continents expliquent, des milliers d'années après, pourquoi une poignée de conquistadors espagnols a réussi à venir à bout de… Il fait 600 pages, mais il est passionnant.